Au cœur d'Aarhus, un ancien garage automobile a retrouvé une nouvelle jeunesse grâce à AUTO.
Anne et Frank rêvent de créer le nouveau centre de recharge culturel de la ville.
Derrière les anciennes grilles d'atelier, à quelques minutes à pied de la gare, des gens, tasse de café à la main, discutent, tandis que d'autres déambulent avec curiosité parmi les céramiques, les plantes et les œuvres d'art. Dehors, de petits pins en paniers d'osier se dressent sur l'asphalte, à côté de paniers de bois et d'un brasero couleur rouille qui ne sera allumé que plus tard dans la soirée. L'endroit ne ressemble ni à une galerie classique, ni à un café qui vient d'ouvrir. En réalité, il est difficile de décrire pleinement ce qu'est AUTO.
Anne et Frank, à l'origine de ce nouveau lieu culturel, n'ont jamais eu l'ambition d'ouvrir une galerie traditionnelle. Ils souhaitaient créer un endroit où les gens se rencontrent et où l'on a envie de ralentir le rythme.
Un rêve qui a commencé bien avant la construction du bâtiment.
Lorsque j'ai parlé avec Anne et Frank quelques semaines avant l'ouverture d'AUTO, les locaux étaient encore remplis d'outils et de longues listes de choses à faire. Pourtant, il était clair que leur conversation ne portait ni sur les murs, ni sur les meubles, ni sur les finances. Ils parlaient de personnes.
Anne et Frank sont mariés depuis de nombreuses années et ont trois enfants ensemble, mais ils n'avaient jamais eu l'occasion de travailler ensemble auparavant, bien que cela ait toujours été un grand désir.
Lorsqu'ils découvrirent cet ancien garage automobile en plein cœur d'Aarhus, nombre de leurs idées, qu'ils nourrissaient chacun depuis longtemps, prirent enfin forme. Anne manquait cruellement d'espace pour sa galerie et ses céramiques, tandis que Frank rêvait d'ateliers où il pourrait travailler le bois, le métal et les vieilles voitures qu'il affectionne tant. Ici, il y avait de la place pour les deux. Mais aussi pour bien d'autres choses encore.
Nærvær
Quand Anne parle d'AUTO, elle revient sans cesse au même mot : Présence.
Céramiste de formation et forte d'une longue expérience auprès de jeunes en difficulté, elle a pu constater comment la créativité peut engendrer paix et solidarité. Elle a notamment travaillé avec des jeunes autistes ou en situation de refus scolaire, mais elle a aussi découvert que le besoin de se réunir autour d'un objet concret ne se limitait pas à ce public.
Elle le constatait chez ses propres enfants, chez leurs amis et chez les adultes qui l'entouraient.
« Nous avons trop souvent constaté, au sein des systèmes, qu'il y a toujours quelqu'un qui a quelque chose à faire. Nous aimerions vraiment croire qu'il n'y a rien que vous soyez obligé de faire, mais qu'il y a toujours quelque chose que vous pouvez faire », dit-elle.
Vous ressentez déjà cette pensée lorsque vous franchissez la porte.
Vous pouvez prendre votre temps. Il n'y a pas de parcours imposé dans l'exposition, et aucune connaissance artistique n'est requise pour y assister. Vous pouvez flâner, vous installer pour prendre un café ou engager la conversation avec un autre visiteur.
Le bâtiment raconte encore sa propre histoire
Ce qui attire immédiatement le regard, ce n'est pas l'œuvre d'art, mais le bâtiment lui-même.
Anne et Frank auraient pu peindre les murs en blanc et créer une galerie classique, mais ils ont opté pour une approche radicalement différente. Les murs écaillés et les briques apparentes font désormais partie intégrante de l'expérience. On perçoit encore l'atmosphère des anciens ateliers, où l'on faisait tourner des moteurs, même si la pièce est aujourd'hui remplie de céramiques, de plantes et de visiteurs.
Ici, le jour de l'ouverture, une vieille table en bois trône au milieu de la pièce, surmontée d'un grand vase en céramique rempli de fleurs d'été. Un petit parterre d'herbes aromatiques ponctue le sol, et ici et là, des bols en céramique et des objets d'art côtoient, témoins de l'ancien atelier.
Une galerie en constante évolution
Bien que les portes viennent de s'ouvrir, Anne et Frank ne considèrent pas AUTO comme un projet achevé. Bien au contraire.
Ils décrivent le lieu comme un espace en constante évolution, où expositions et activités se renouvellent sans cesse. Dans quelques mois, de nouveaux artistes exposeront leurs œuvres, d'autres ateliers seront proposés et peut-être même des idées totalement inédites auxquelles ils n'ont pas encore pensé.
La première année est consacrée à l'immersion dans la ville. L'objectif est de découvrir ce qui manque aux habitants d'Aarhus et de laisser le lieu évoluer avec ceux qui le fréquentent. Le programme proposera donc un mélange d'ateliers de poterie, d'événements éphémères et de repas conviviaux, où l'important n'est pas forcément de réaliser une œuvre parfaite, mais de partager un moment ensemble.
Anne ne cache pas non plus son désir de faire disparaître l'idée qu'une galerie soit un lieu où il faut rôder en ayant peur de dire une bêtise.
Les artistes exposant à AUTO sont des noms reconnus, mais l'atmosphère se veut tout sauf élitiste.
« Le raffinement culturel est indissociable de la culture populaire. Il ne faut pas avoir l'impression, en allant dans une galerie d'art, que c'est trop élitiste », dit-elle.
Et cette idée s'intègre parfaitement au reste du lieu.
Ici, les œuvres d'art côtoient les anciennes fenêtres d'atelier, et vous aurez autant envie de vous asseoir et de discuter avec les personnes que vous avez rencontrées que d'étudier les œuvres accrochées aux murs.
Une partie de la vie culturelle de la ville
Bien qu'AUTO possède sa propre identité, Anne et Frank ne le perçoivent pas comme un concurrent des autres offres culturelles de la ville. Au contraire, ils espèrent qu'il deviendra un lieu de départ pour de nouvelles expériences.
Ils rêvent de petits événements précédant les concerts au Music Hall, d'expériences artistiques offrant une nouvelle perspective sur les expositions actuelles et de soirées où les gens se retrouvent autour d'un repas avant de sortir en ville.
AUTO ne devrait pas cantonner ses clients à un rôle isolé. L'établissement devrait leur faire repartir avec de nouvelles impressions et plus d'énergie qu'à leur arrivée.
Anne et Frank ignorent à quoi ressemblera l'endroit dans un an. Et cela ne semble pas les inquiéter.
Ils ont créé le cadre. Ils espèrent que les gens façonneront le reste.
Vous trouverez ici AUTO
- Adresse : Banegårdsgade 9, 8000 Aarhus C
- Horaires d'ouverture d'été : jeudi 13h-17h, vendredi 13h-17h, samedi 11h-14h



















