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Désobéissante – Le corps dans le punk par Marie Arleth Skov sur ARoS

Publié le : 04.07.2026
ARoS Désobéissant. Le corps en punk - Mads Smidstrup
par : Amalie Victoria Hazelden - Photos d'installation : Mads Smidstup - ARoS 2026

En entrant dans la nouvelle exposition d'ARoS, vous constaterez qu'il ne s'agit pas d'une exposition muséale classique. Ici, les murs sont peints en gris foncé et des textes blancs retracent l'histoire des œuvres. Sur le premier mur, vous pouvez lire l'histoire de l'émergence du punk, tandis que vos yeux s'habituent à la pénombre. L'inscription « NO FUTURE » apparaît sur ce même mur, et vous comprenez immédiatement que l'exposition abordera bien plus que la musique et la mode punk.

« Désobéissants. Le corps dans le punk » est une exposition-recherche conçue par la commissaire Marie Arleth Skov et issue de son projet de recherche postdoctorale de trois ans mené en collaboration entre ARoS et l’Université d’Aarhus. Elle rassemble 130 œuvres, parmi lesquelles des photographies, des films, des bijoux, des fanzines, etc.

La sous-culture qui a déclenché une révolution

Le punk a émergé dans les années 70 comme une rébellion contre les normes sociales, le manque de liberté, les autorités établies et le droit à disposer de son propre corps. Toute une génération avait perdu espoir en l'avenir, dans un contexte de crise économique, de troubles politiques et de chômage des jeunes élevé. Une sous-culture a vu le jour, avec pour slogan « NO FUTURE » (Aucun avenir), et le « faites-le vous-même » (DIY) est devenu son concept central, encourageant chacun à participer à la musique, aux arts visuels, aux arts de la scène, à l'art contemporain et à l'organisation communautaire. Les fanzines ont fait leur apparition, permettant la diffusion directe d'idées radicales, et l'activisme social a servi à lutter contre tout, du fascisme et la guerre aux droits des personnes LGBTQ+ et à la justice environnementale.

Il n'était pas forcément nécessaire de prendre la parole pour s'engager. Votre apparence devenait une forme de rébellion. L'exposition présente de nombreux visages de jeunes où cela transparaît clairement. On remarque rapidement ces jeunes aux coiffures originales, au maquillage noir et agressif, aux vêtements déchirés et aux accessoires confectionnés dans des matériaux insolites comme des épingles à nourrice, du cuir et de grosses chaînes. Et lorsqu'on examine chaque image et le texte qui l'accompagne, on comprend que le punk était une voix pour les opprimés. Une forme d'expression brute et sans compromis pour ce que la société s'efforçait tant de dissimuler.

ARoS Désobéissant. Le corps en punk - Mads Smidstrup

Punk derrière le mur

Cela apparaît particulièrement clairement dans la partie de l'exposition consacrée à la scène punk à Berlin-Est. Sous la RDA (République démocratique allemande), le punk est devenu l'un des mouvements underground les plus importants et les plus persécutés. Les jeunes Allemands de l'Est, opposés au manque de liberté, à la coercition et à la censure, utilisaient la musique et la mode punk comme un espace de rébellion. Les artistes punk étaient surveillés et interdits d'exposition.

Cela pourrait sembler un récit d'un passé lointain, mais là encore, les parallèles avec le présent sont frappants. Aujourd'hui encore, des livres sont interdits et des artistes sont confrontés à la censure et à la résistance parce que leurs œuvres remettent en question les normes, le pouvoir ou les idéologies. En parcourant l'exposition, on ressent l'énergie brute des nombreuses âmes représentées dans les œuvres, qui cherchaient simplement à affirmer leur présence, non à s'intégrer.

Portez une attention particulière à la structure physique sur laquelle sont suspendues les œuvres. Elle ressemble à un échafaudage en aluminium et renforce le thème brut et authentique de l'exposition. Mais en y regardant de plus près, on éprouve un sentiment ambivalent et l'on se demande si l'échafaudage est en train d'être construit ou démonté. C'est précisément ce que l'exposition révèle dans son essence même : la force brute et authentique qui anime le punk.

ARoS Désobéissant. Le corps en punk - Mads Smidstrup

Rupture avec le corps féminin naturel

Sur le mur suivant de l'exposition, on peut lire « Le corps comme toile », et c'est précisément ce que l'on découvre. L'un des aspects les plus stimulants de l'exposition réside dans son regard porté sur le corps féminin, appréhendé comme un rejet radical de la féminité normative. Les femmes se sont réapproprié leur corps, s'affranchissant des attentes et des normes sociales, par le biais de leur présence physique, de la mode et de performances provocatrices qui ont sapé le contrôle patriarcal et affirmé leur autonomie corporelle.

Dans cette partie de l'exposition, l'animalité est particulièrement présente. La fascination du punk pour le règne animal révèle un jeu de résistance, opposant d'un côté le sauvage et l'indompté au limité et à l'enfermé. Les oiseaux constituent un thème récurrent : on peut observer des œuvres où leurs ailes symbolisent la liberté et d'autres où elles symbolisent le pouvoir.

L'une des photographies qui m'a le plus touchée est celle des bijoux en aiguilles de Nina Sten-Knudsen. Elle avait confectionné un collier d'aiguilles qu'elle portait elle-même, les pointes dirigées vers l'extérieur et vers l'intérieur, de sorte qu'elles étaient douloureuses au moindre contact. Cela reflétait son rapport à elle-même et au monde à cette époque.

ARoS Désobéissant. Le corps en Punk - photo CH

Photo : Christina

La nuit comme espace libre

À la fin de l'exposition, on pénètre dans une pièce séparée, dissimulée derrière des paravents, où règne la nuit. Les normes sociales auxquelles il faut se conformer le jour disparaissent. Marginalisés et parias peuvent se rencontrer dans l'obscurité, sans que personne n'ait à se justifier. La photographie et la mode punk utilisaient des éléments fétichistes tels que la provocation et le BDSM pour explorer artistiquement le pouvoir et l'impuissance. Mais au milieu de toute cette agitation, le corps punk était aussi romantique, intime et vulnérable. Patti Smith chantait que la nuit appartient aux amoureux, et c'est dans cette citation que se cache l'atmosphère même de la pièce.

ARoS Désobéissant. Le corps en punk - Mads Smidstrup

Le punk n'a rien à voir avec une époque révolue à ARoS.

À l'heure où l'extrémisme de droite gagne du terrain en politique, où les femmes traditionnelles et l'idéalisation du corps féminin « divin » envahissent les réseaux sociaux des jeunes, où les tensions géopolitiques liées aux conflits pétroliers s'intensifient et où la satisfaction au travail décline, cette exposition est plus pertinente que jamais. Face aux œuvres présentées aujourd'hui, il est difficile de ne pas s'interroger sur le chemin parcouru.

Car même si des décennies se sont écoulées depuis l'âge d'or du punk, le corps féminin reste soumis à des normes, des attentes et des attitudes très fortes. C'est peut-être précisément pour cela qu'Ulydig est si percutant. Ce film ne se contente pas de raconter l'histoire d'une sous-culture du passé, il nous rappelle aussi que nombre des luttes menées par le punk sont encore d'actualité.

ARoS Désobéissant. Le corps en punk - Mads Smidstrup

Musique de fond diffusée pendant l'exposition :

  • Sex Pistols - "God Save the Queen", 1977
  • X-Ray Spex - "Oh Bondage ! Va te faire foutre !", 1977
  • Sham 69 – « Anges aux visages sales », 1978
  • Nina Hagen – « Unbeschreiblich Weiblich », 1978
  • The Clash – « London Calling », 1979
  • Cliché – « Bodyguards », 1980

Si vous voulez faire l'expérience de la désobéissance vous-même

  • Emplacement : ARoS Aarhus Art Museum, niveau 5 (Focus).
  • Période : du 27 juin 2026 au 13 décembre 2026.
  • Commissaire d'exposition : Marie Arleth Skov.
  • Billets : Gratuits avec l’abonnement annuel ou inclus dans
    le billet d'entrée pour ARoS.

 

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